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Rotary Montpellier
Hôtel OCEANIA METROPOLE
3 Rue du Clos René
34000 MONTPELLIER
Réunion statutaire chaque lundi de 20 h à 22 h au siège du club (sauf jours fériés)
Rotarian fellows visiting Montpellier and the region, please drop in next Monday, 8pm, Hôtel Oceania Métropole 3 rue du Clos René 34000 Montpellier.

CONTACT: RotaryMontpellier@gmail.com

Le Club de Montpellier n'organise pas de jeux, de concours ou de tombola à destination du public. Soyez vigilants, il peut


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libre propos du 6 mars 2017 sur le Rallye de l'Hérault par Alain SZAFARCZYK.
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Conférence donnée par F. Venail: "le médecin augmenté", le 13/02/2017

Pour visualiser le document Le robot…  le médecin… et le patient de la conférence de Frédéric Venail clique sur le lien ICI

Sois un peu patient car le fichier comporte des vidéos et est donc très volumineux et long à télécharger! 




Conférence donnée par Jean-Pierre DUFOIX: Joseph CAMBON : 16/01/2017

16.01. 2017 .  ROTARY         Les photos accompagnant la conférence sont sur dropbox    ICI                      

Montpellier 14. 12. 2016                                   PHOTO 1.  EN TÊTE CONFERENCE

Joseph Cambon, le financier de la Convention

          PHOTO 2.  CAMBON ET SIGNATURE.        

C’est avec un grand plaisir que je retrouve notre club Rotarien, très honoré que le président Bernard Jourdan m’ait demandé de reprendre ici aujourd’hui une communication effectuée, il y a six mois à la Cour des Comptes et des juridictions financières. Comment lui refuser ! 

Je tiens à  rassurer tout de suite ceux qui m’écoutent: je n’ai aucune compétence pour aborder la partie financière de la Révolution, sujet qui divise toujours les historiens, je me contenterai de l’effleurer. Je me serais d’ailleurs  bien gardé,  à Paris,  qu’il en soit autrement devant des juristes et techniciens  des finances de haut niveau. Il en sera de même ce soir, étant assuré qu’il y a dans l’assistance des trésoriers payeurs généraux et  plusieurs d’entre vous,  intervenants dans le monde des affaires et de la banque, certainement plus qualifiés que moi pour parler de l’amortissement de la dette publique. Pour ces motifs, le personnage de Cambon dont je vais vous entretenir – en limitant ma communication à 45 minutes – est essentiellement le personnage politique : grande figure de la Révolution, né à Montpellier en 1756, député de l’Hérault à l’Assemblée Législative puis à la Convention, au sommet de l’État comme membre du Comité de Salut Public, maire de Paris en 1794, député de l’Hérault à la Chambre des Représentants lors des Cent jours, mort en exil à Bruxelles en 1820.

 PHOTO 3. PREMIER PRESIDENT PHILIPPE SÉGUIN.  À  Montpellier, en  2007,  à l’occasion du bicentenaire de la Cour des Comptes et du 25ème anniversaire de la création des Chambres régionales, un vibrant hommage a été rendu au conventionnel, dans sa maison par le premier président Philippe Séguin, aujourd’hui  décédé, PHOTO  4. CHAI DU TERRAL.  J’ai pu le guider dans cette  demeure, aujourd’hui  École  de musique et théâtre municipal de Saint-Jean-de-Védas, qui porte le nom de Chai du Terral.                                                              

Mon rapport avec le sujet est double :

–  d’une part, cette maison du Terral , aujourd’hui propriété de la commune de Saint-Jean-de-Védas,  a été pour moi la maison de mes grands-parents maternels, une partie du domaine étant toujours dans ma famille ;

–  d’autre part, je me trouve être à la sixième générations, l’un des  très nombreux arrière-petits-neveux du conventionnel qui n’eut pas de descendance      et  je suis par ailleurs   dépositaire  de quelques documents de sa main ou lui ayant appartenu.  photo 414 déclaration de patrimoine  Je vous présente l’image de l’un d’entre eux : sa déclaration de fortune personnelle en qualité de député, à son entrée en fonction et à sa sortie en 1795, en application d’une loi de la Convention dont il a été l’instigateur. Il a été l’un des rares élus à

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la remettre : l’intérêt d’un rapprochement avec des dispositions récentes ne vous échappera pas !

 Ce sera donc beaucoup plus de l’homme que du financier que je vous parlerai.

 Une première partie le replacera dans son environnement et vous ne vous étonnerez pas de ce que votre conférencier, homme de vieilles pierres, ait pris l’initiative de donner toute leur importance aux lieux de mémoire de la Révolution qui  sont liés  à la vie politique de Cambon en trois périodes : d’abord  le parcours initiatique du député suppléant aux États Généraux et à l’Assemblée Nationale à Versailles à partir de 1789 ; l’action du député titulaire à l’Assemblée Législative à partir de 1791 ensuite ; l’accession au Comité de Salut public du conventionnel  enfin, point culminant   de son cursus révolutionnaire  au palais des Tuileries à partir de 1793 mais aussi amorce de son déclin politique.

Dans une deuxième partie, j’évoquerai l’œuvre  de Cambon, d’une part  le rôle qu’il a joué dans la surveillance de la Trésorerie avec le Grand Livre de la Dette Publique, d’autre part le procès qui lui a été fait dans l’opinion en raison de la débâcle des assignats.

 

J’aborde donc  la  première  partie  de  mon propos : Cambon, l’homme

politique.  PHOTO 7. GASPARD CAMBON 

 

Joseph Cambon a été, jusqu’à la trentaine, le comptable méticuleux d’une importante entreprise familiale.  Les ateliers Cambon sont situés, au  quartier de Boutonnet, sur une vaste zone  occupée de nos jours par des établissements religieux ou universitaires. Ils sont spécialisés dans la fabrication de toiles.  À la période de la Révolution, l’impossibilité d’exporter, conduit les filatures Cambon et filiales, à Bordeaux et dans l’Ouest, à la fermeture définitive. En mai 1791, mon aïeul Gaspard Cambon, gestionnaire lucide et prudent, aide quatre de ses fils à faire l’acquisition d’un bien national : le domaine du Terral, ancien château des évêques de Maguelone,  exploitation   agricole, aujourd’hui centre culturel  communal,  dont je viens de vous montrer les images. Le paiement, effectué en assignats, sera reproché plus tard à Cambon.  Il répondra avec juste raison qu’il avait – je cite – agi dans le cadre strict de ce que la loi autorisait, profitant au mieux des avantages concédés, l’opération étant parfaitement régulière. Avec l’effondrement de la monnaie, ce retour à la terre s’avérera judicieux.  PHOTO 8 . SIGLE  ASSEMBLÉE NATIONALE.   

  Gaspard Cambon  encourage son fils aîné à se lancer dans la politique et c’est ainsi que Joseph  devient à 33 ans député en  surnombre  aux  États  Généraux.   Il   se rend à Versailles. PHOTO 9. LA SALLE DES MENUS PLAISIRS. Le 5 mai 1789, dans la salle des Menus plaisirs, il assiste à l’ouverture des États Généraux en présence du roi. Dès ce moment,  il rendra compte  chaque  jour de l’actualité à son père à Montpellier. Malheureusement pour les archives de la famille,   plus de 1000 lettres ou billets  seront brûlés par sa mère, menacée de mort en 1797. Le reste des documents a été presque totalement détruit par les royalistes avec la mise à sac du Terral en 1815.  PHOTO 10. SERMENT DU JEU DE PAUME.

 Le 20 juin 1789, Joseph Cambon signe le registre du Serment du Jeu de paume. Ayant écouté le discours de Necker, il apprendra que, la dette de l’État étant colossale et la caisse étant vide, le trésor public   dépense cinq livres alors que dans le même temps ses ressources n’en apportent que quatre…  Probablement a-t-il  eu  maintes  fois  l’occasion  de réfléchir  sur le rééquilibrage des finances, depuis les propositions d’Alexandre de  Calonne à Louis XV concernant la création d’impositions foncières, dont certaines portaient en germe l’impôt sur

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la fortune, jusqu’à celles de Necker à Louis XVI, propositions toujours  écartées en raison de difficultés semble-t-il récurrentes dans  notre  pays : les droits acquis.  Comment  en  effet  ne  pas  indisposer la noblesse, le clerger et la grande bourgeoisie ? L’absence de réponse de Louis XVI a été reconnue comme le facteur qui a déclenché la Révolution de 1789. Necker, renvoyé puis rappelé, quitte définitivement la France, le roi remettant entre les mains de l’assemblée qui va devenir l’Assemblée Nationale Constituante  le choix des options financières. Dans ce débat, Cambon a seulement le droit d’écouter mais non d’exprimer un avis et de voter. PHOTO 11. CAMBON OFFICIER DE LA GARDE NATIONALE.  De l’été 1789 à l’automne 1791,  député suppléant, il se trouve réduit à l’inaction. Pendant cette période d’attente, il s’engage dans la Garde Nationale. Il va pouvoir également effectuer des missions pour la ville de Montpellier. Il se bat sans succès pour le maintien de la Souveraine Chambre des Comptes, Aides et Finances du Languedoc. Mais c’est grâce à lui que Montpellier, sa ville natale, obtiendra le Tribunal supérieur et surtout, devant Béziers, sa désignation comme chef-lieu du département.

 

De l’œuvre de la Constituante nous retiendrons l’abandon  des  privilèges, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen,  la Constitution civile du clergé qui stipule que la religion catholique conserve sa primauté  et, à  l’instigation de  Talleyrand, la mise à disposition de la Nation des biens du clergé.  Nous retiendrons également la  première émission  d’emprunts en assignats –  des millions  gagés sur ces biens.

 

 La politique financière instaurée par l’Assemblée Nationale Constituante, qui s’appuie sur les assignats et les biens nationaux, est désormais la pierre angulaire de la Révolution.  On notera –  si l’on veut bien permettre que je me fasse sur ce point l’avocat de Cambon –  qu’il n’est  concerné ni par les options financières prises par la Constituante, ni par la création des assignats, ni par le volume de leurs émissions, ni par la baisse de leur taux d’intérêt de 5 % à zéro.  Cela n’aurait-il pas été un peu oublié par ses détracteurs ! Le 30 septembre 1791, les membres de l’Assemblée Nationale Constituante – parmi eux Robespierre, Mirabeau, Talleyrand, Sieyès – laissent   la  place   à  leurs   successeurs  de  l’Assemblée  Législative.  Faut-il rappeler qu’ils se sont rendus inéligibles à l’Assemblée Législative afin de laisser apparaître une nouvelle génération de députés ?  Cette médaille aura un revers en raison de l’inexpérience des nouveaux élus. PHOTO 12. CAMBON DÉPUTÉ  ASSEMBLÉE NATIONALE LÉGISLATIVE EN 1791.

 

Je parlerai maintenant de l’action politique de Cambon, membre de l’Assemblée  Nationale  Législative.  PHOTO 13.   MÉDAILLE    ASSEMBLÉE NATIONALE LÉGISLATIVE.En octobre 1791 Cambon entre véritablement dans l’histoire de la Révolution.  Il  est promu aux fonctions de Commissaire chargé de la surveillance de la Trésorerie, puis de président du Comité ordinaire des finances. Bien que  parler   de   Cambon signifie essentiellement parler de chiffres, suivant une démarche quelque peu inhabituelle  je vous parlerai d’abord de son environnement.  L’architecte que je suis a cherché sa trace en rappelant les hauts lieux de la Révolution auxquels son souvenir – et celui de bien d’autres – reste attaché mais, mis à part le pavillon de Flore très modifié, actuel musée du Louvre, les bâtiments des Tuileries dans lesquels ont travaillé les conventionnels ont disparu et ne sont plus que des lieux de mémoire que je souhaite évoquer.  PHOTO 14. EMPLACEMENT RUE DU LUXEMBOURG. Cambon, désormais parisien – il le sera jusqu’à la fin de l’année 1795 –, s’installe dans un logement situé 15 rue du Luxembourg,   à deux pas  de l’Assemblée.  Cette rue  débaptisée en 1879 prit 

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le nom de rue Cambon, la ville de Paris n’ayant pas oublié que celui-ci, promu par les Sans-culotte, avait été son maire pour quelques mois  avant que la Convention ne disparaisse. PHOTO 15. RUE CAMBON. L’immeuble où il a vécu a été détruit. L’espace libre qui a été créé jouxte l’actuelle Cour des comptes, que l’on désigne aujourd’hui  comme  Palais Cambon. PHOTO 16. VOISINAGE POLITIQUE DE CAMBON .

Je reste impressionné par le rôle majeur  qu’a tenu dans l’histoire de la Révolution, en limite ouest du Paris de l’époque, un très petit secteur urbain  du premier arrondissement.  Cambon est proche des lieux de réunion des Girondins, des Feuillants, La Fayette, Barnave, Duport, et des Jacobins, rue du marché Saint-Honoré, Pétion, Robespierre.  En dehors de ce regroupement, il faudrait traverser la Seine et aller jusqu’au café Procope pour trouver aux Cordeliers Danton, Marat, Hébert ou Camille Desmoulins. PHOTO 17.  MANÈGE ROYAL DES TUILERIES.

  Le  long du jardin des Tuileries se trouvait la salle du manège créée  pour que le futur  roi  Louis  XV, enfant,  apprenne  l’art équestre,   puis   transformée   et   réaménagée   à  l’intention   des   députés  de  l’Assemblée Constituante ayant quitté Versailles pour Paris.  PHOTO 18. LOCALISATION SUR PLAN LOUIS XIV. La Législative prendra la suite au manège royal en 1791. Sur la rue de Rivoli elle-même, en bordure du jardin des Tuileries, il ne reste rien de ce manège dans lequel se sont réunis les députés.   PHOTO 19. IMPLANTATION RUES RIVOLI ET CASTIGLIONE. Cette vaste salle se trouvait  pratiquement sur l’axe de la future  rue   de   Rivoli  que   fera   tracer   Napoléon   jusqu’à  la place  de   la   Concorde.  Un schéma la localise sur la voirie du XIXe siècle.  PHOTO 20. MANÈGE.

Cambon y siège comme membre de la Législative puis de la Convention.  

Bien   évidemment,  parmi   tant   de   personnages  illustres, j’évoquerai  au passage ce  Méridional de taille moyenne, plutôt rond, aussi  déterminé  que  rugueux,  au  parler  chantant,   répondant   à  l’image   de  cette   gauche souvent   désignée  par l’expression Midi   rouge,  médiocre   orateur mais  qui – rapporte Condorcet – était capable    de    présentations  lumineuses.  Jacobin modéré au début de sa carrière, Cambon devient Montagnard, mais il n’a jamais été un homme de parti. Il est un « politique » parfaitement atypique : Montagnard, il ose défendre les Girondins. Il lui arrive même d'aller s'asseoir à l'Assemblée sur un banc affecté à un autre groupe politique que le sien s'il estime que la motion que soutient ce groupe est la bonne.  

 

Rares sont probablement aujourd’hui les Parisiens qui savent qu’il y avait au manège des Tuileries, une salle qui permit de réunir 1 200 députés, haut lieu de l’Histoire s’il en fut puisque c’est dans ses murs qu’a été proclamée, le 21 septembre 1792, l’abolition de la royauté et instaurée  la République, la Convention succédant à la Législative. Ce passé prestigieux n’a guère retenu l’attention de Napoléon qui a fait raser le bâtiment.

 

Je ne vous cacherai pas que, chaque fois que je me trouve rue de Rivoli à proximité du débouché de la rue Castiglione et plus exactement devant l’hôtel Meurice, face à la clôture du jardin des Tuileries  qui  signale  au  passant, sur l’un des piliers,  le caractère  solennel  des  lieux   par  une   plaque  de  marbre, j’ai  une  pensée pour mon lointain grand-oncle. PHOTO 21. LE PILIER COMMÉMORATIF. Ce pilier marque en effet l’emplacement du siège du président des Assemblées Nationales successives et je n’ai pas oublié que c’est là, précisément, que Cambon présidait la séance de la Législative quand on vint l’avertir qu’il était élu député à la Convention.    PHOTO 22. LIEUX DE MÉMOIRE.

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Ce point évoqué par un pilier est celui du cœur de la Révolution Française et le centre des lieux de mémoire qui se rattachent à elle et auxquels se rattache Cambon : manège royal, palais des Tuileries, pavillon de Flore qui est à la fois Louvre et Tuileries. De ces souvenirs, ne restent qu’une plaque commémorative et le bitume de la rue de Rivoli.

De l’autre côté de la rue,  devant  l’actuelle  façade  de  l’hôtel  Meurice, se situait  la   tribune   des   orateurs.   Dans cette salle du manège des Tuileries, nous entendrons   la voix de Cambon proposant des règlementations très  novatrices, déclarant  son  intention  d’établir   un   plan    général   pour  les  finances  publiques,  expliquant  les   prérogatives  accordées au Bureau de  la Comptabilité, définissant les règles d’exploitation financière des pays conquis.

 Le temps imparti à cette conférence ne me permet pas de développer   plusieurs  des  affaires  qui  ont concerné Joseph Cambon. C’est pourquoi je me limiterai   à   une   énumération   accompagnée   d’un   bref commentaire   pour souligner la rigueur avec laquelle il a abordé chacune d’entre elles. PHOTO 23. DANTON.  

Rigueur de Cambon vis-à-vis de la Commune. Rappelons que c’est la Commune qui a sommé le gouverneur de la Bastille de livrer les armes en dépôt dans la forteresse. Ce sont les forces de la rue qui envahissent les Tuileries. Le palais est pris et pillé. Cambon, avec son penchant pour les mesures radicales, a encouragé cette action en raison de son hostilité au roi depuis l’épisode de Varennes mais il marque immédiatement ses distances à l’égard  de la Commune car, dans la période   qui  suit,  le  garde-meuble  national, confié  à  la  responsabilité  de l’administration municipale, est cambriolé.  Le  trésor  de la couronne disparaît, désastre financier pour la France ! Il en est de même pour une somme d’un million de livres dont la trace se perd. Cambon demande une enquête. Il se heurte à la passivité des fonctionnaires mais aussi de Danton, ministre de la Justice. Il faut bien mesurer, au moment des massacres de septembre en 1792,  le courage de Cambon : en s’attaquant à Danton et aux Sans-culotte qui font la loi à l’hôtel de ville, il  risque sa tête.  Il va cesser toutefois ses critiques  car il mesure  – et cela montre  aussi ses qualités d’homme politique – le risque lié à un trop grand affaiblissement de la Commune car elle sert de contrepoids à la montée des forces contre-révolutionnaires que Cambon estime  plus préjudiciables encore à l’avenir de la nation.  PHOTO 24. DUMOURIEZ.

 

            Rigueur de Cambon vis-à-vis de Dumouriez.  Aucun  général  n’a, semble-t-il,  jamais rendu compte de l’emploi des fonds qui lui ont été remis. Or des marchés passés dans des conditions douteuses à des prix très élevés attirent les foudres de Cambon : Dumouriez incarne à ses yeux des pratiques qu’il juge d’un autre temps.  Celui-ci s’arroge en effet dans la gestion de l’armée une totale liberté. Il faut, là aussi, beaucoup de courage pour  s’en prendre à un officier au sommet de sa gloire,  deux mois après la bataille de Valmy (20 septembre 1792), et faire résilier ces marchés sur le champ. La salle du manège – les Conventionnels ne sont pas encore au palais des  Tuileries – résonne des vociférations de Dumouriez qui entre en fureur contre Cambon mais ne peut faire annuler les dispositions prises à son encontre. 

 

Rigueur de Cambon vis-à-vis de Louis XVI, après son arrestation à  Varennes   (20 juin 1791). Cette rigueur, voire la brutalité de Cambon, va se manifester dans son opposition à la royauté d’abord, au roi personnellement ensuite. N’a-t-il pas fait transmettre à l’Assemblée Constituante par la Société des Amis de l’Égalité de Montpellier  l’injonction suivante :   Il ne nous manque pour être romains que la haine et l’expulsion des rois. Nous avons la première, nous attendons de vous la seconde !

Cambon interviendra avec passion à la tribune de l’Assemblée pour dénoncer la duplicité du roi utilisant les fonds de sa liste civile pour apporter une aide aux émigrés.   C’est ainsi qu’il vote la mort de Louis XVI, celui que l’on appelait par dérision Louis le dernier. PHOTO 26. LES PRÊTRES.

 

Rigueur de Cambon vis-à-vis des prêtres. De famille très catholique mais lui-même athée convaincu, il fera une guerre impitoyable à l’Église ! Cambon, ont dit certains, avait la haine des curés. Il est hors de doute qu’il n’aimait ni l’Église ni ses saints, ayant contribué à faire disparaître la mention Saint du nom des localités. La tradition familiale rapporte qu’il se refusait à dire Saint-Jean-de-Védas, son village de l’Hérault. Jean de Védas lui suffisait amplement ! Suivant dispositions de la Constitution Civile du Clergé (1790) les ecclésiastiques sont  élus dans leurs fonctions par les citoyens, étant tenus de prêter serment et devenant des salariés de l’État. Le christianisme étant  pour lui en voie de disparition,  dans un premier temps  il fait prendre en charge par l’État, sans distinction, le traitement de fonctionnaire des prêtres assermentés comme insermentés. Il s’est complètement fourvoyé !  Pour  les prêtres  réfractaires, la sanction   est alors la déportation en Guyane et, pour certains,  les conditions d’incarcération, à Rochefort par exemple,  sont atroces. Au grand regret de Cambon, le décret sera difficilement applicable car le transport de prêtres insermentés – 150 000 probablement – pose un indéniable   problème   et   l’Assemblée Législative décrétera  leur obligation  de  quitter le territoire national : les uns se cacheront, les autres rejoindront  l’armée des émigrés.  Cambon  déclare alors :  Vous verrez ces fanatiques […]  revenir, armés d’un crucifix, ravager nos frontières, séduire les habitants auxquels ils feront croire qu’ils combattent pour le Dieu crucifié. Je veux vous éviter ces ennemis […]. Nous leur donnerons des secours, des subsistances, des femmes même, mais qu’on s’en débarrasse !  Cette page n’est certainement pas à sa gloire mais  les  historiens  ont-ils  assez  souligné  qu’il avait déposé  sur le bureau de la Convention un projet de séparation de l’Église et de l’État, anticipation de la législation de 1906 ? Cambon, en avance de plus d’un siècle sur la mentalité de son époque, ne sera pas suivi. Toutefois, il fera adopter finalement la suppression des pensions des ecclésiastiques, ce qui constitue un premier pas  dans cette direction :   Celui qui veut la messe, dit-il, la paiera ! L’attitude intolérante de Joseph Cambon à l’égard des prêtres reste malheureusement une tache que peuvent difficilement effacer  l’honnêteté et la rectitude morale qui ne lui ont jamais été contestées. PHOTO 27. LA  CONVENTION AUX TUILERIES.

 En mai 1793, la Convention quitte le manège pour s’installer aux Tuileries  dans une salle mieux adaptée, la salle dite des machines, venant d’être aménagée et disposant de locaux annexes : c’est une nouvelle étape pour les députés et pour Cambon.  Il ne reste rien aujourd’hui du palais des Tuileries, incendié en 1871, rien du pavillon du théâtre, rien de la salle dite des machines où siège la  Convention, rien  non  plus  du  pavillon  des  anciens appartements de la reine dans le corps de bâtiment sud  où se sont  réunis les membres du Comité de Salut public. Quant au pavillon de l’Égalité, qui abrite le Bureau de la Comptabilité, construit sous Henri IV  et modifié après la disparition des Tuileries pour devenir l’actuel pavillon de Flore au Louvre, il n’a plus qu’un rapport lointain avec ce que Cambon a pu connaître.  PHOTO 28. SALLE DES MACHINES.

 Au mois d’avril 1793, Cambon est élu triomphalement au Comité de Salut public institué par la Convention et dominé par Danton qui sera rapidement écarté. Dans les turbulences politiques de l’époque,  c’est là une fonction au sommet de  l’État mais une fonction à haut risque. Combien de conventionnels y laisseront-ils leur tête ! Ici également, on

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peut évoquer la rigueur et le courage dont a fait preuve Joseph Cambon, cette fois-ci face à Maximilien Robespierre. Jugé trop complaisant à l’égard de Danton, Cambon ne sera pas réélu lorsque Robespierre sera aux portes de la dictature : il domine le Comité de Salut public Le Tribunal révolutionnaire est à ses ordres. Cambon – qui n’est pas le seul opposant –  ne le supporte pas. lI n’a vu dans la cérémonie du Champ de Mars, en l’honneur de l’Être Suprême, en juin 1794, qu’une ridicule mascarade.  Dans cette salle des machines, aux Tuileries, en juillet 1794, c’est-à-dire un mois plus tard, le 8 thermidor de l’an II, Robespierre attaque Cambon et certains conventionnels qu'il qualifie de fripons sans apporter aucune  preuve. Mal lui en prend car Cambon, le premier, bondit à la tribune et se dresse contre lui. Il s'écrie :   Un seul paralyse la volonté de la Convention  et  c’est celui qui vient de parler, c'est Robespierre !

Cambon griffonne sur un journal envoyé le soir même à son père :   Demain, de Robespierre ou de moi, l'un des deux sera mort. 

La  journée du 9 thermidor verra effectivement la chute de Robespierre.  On sait que l’Incorruptible finira sa vie sur la place de la Révolution, condamné avec un simulacre de procès qui n’est pas à l’honneur de la Convention, guillotiné quatre mois après  Danton. Combien est-il regrettable que le nom de Cambon   soit en général omis dans les récits qui, de nos jours, rappellent la chute de  Robespierre,  au  bénéfice  de  bien  d’autres  qui travaillaient à  sa déchéance, mais en sous-main, et dont on peut douter  qu’ils aient eu le courage de  l’attaquer de front si Cambon, jouant sa tête,  n’avait pas pris ce risque pour lui comme pour eux ! PHOTO 29. PAVILLON DE L’ÉGALITÉ.

 

Marcel Marion, qui fut un très éminent professeur au Collège de France, n’aurait-il pas dit un peu rapidement que Cambon était alors impopulaire ? Il est assuré qu’il est haï par ceux qui se trouvent ruinés, les assignats n’ayant plus aucune valeur mais, le 1er avril 1795, mais il est élu maire de Paris par la foule. Cambon commet là une erreur. Il est décrété d’accusation, il quitte ses bureaux du pavillon de l’Égalité  et doit se cacher. PHOTO 30. ROBESPIERRE Au même moment, ses ennemis politiques l’excluent de la Commission des finances. Il n’est plus ni président du Comité de l’Ordinaire, ni commissaire chargé de la surveillance de la Trésorerie Nationale. Malgré les compliments qui lui  sont décernés, on lui fait comprendre qu’il ne sera pas l’homme d’une politique nouvelle. Il se retire et, pour ne pas s’exposer à terminer sa vie comme Danton ou Robespierre,   prudent, il disparaît  le  jour  même, sauvant ainsi sa  tête. Il attendra l’amnistie générale quelques mois plus tard. PHOTO 31. CAMBON COMMISSAIRE.

 

Que peut-on retenir de l’œuvre administrative et financière de Cambon ?  Ici, j’ai choisi d’évoquer ce qui constitue la mémoire de Cambon au regard de l’Histoire, la surveillance de la Trésorerie couronnée par le Grand Livre  de la Dette Publique, mais aussi le procès qui lui a été fait dans l’opinion en raison de la débâcle des assignats.

 

En 1791, Commissaire chargé de la surveillance de la Trésorerie, Cambon assume  à ce titre la présidence du Conseil de l’Ordinaire qui surveille la Caisse de la Trésorerie, contrôle les prélèvements,  la répartition des crédits et les dépenses de l’État. Dès le mois de novembre, il s’attaque  à une mise en ordre préalable répondant à deux objectifs.   Je le cite :   Ne cédons pas aux mesures provisoires et établissons un plan général, assurons-nous que les assignats ont un gage bien avéré.   Après quatre mois d’un travail considérable il est en mesure de présenter un   tableau des besoins et ressources de la nation : l’actif  est évalué à 4,5 milliards de livres, en biens nationaux, arriérés de contributions, créances de l’État, revenus des salins

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et des forêts, argenterie prise dans les édifices religieux ; le passif est de 5 milliards de livres, en dette constituée perpétuelle, avec remboursement à la suite de suppressions d’offices et de charges à la valeur des assignats en circulation.

En 1792, Cambon, qui est devenu conventionnel, met en ordre de bataille si l’on peut dire, cette bataille étant d’ordre financier, les services du Bureau de la Comptabilité créé par ses prédécesseurs à la Constituante.  Par la loi du 8 février, il en fait définir les fonctions. Ce service est chargé du contrôle des comptes de l’État. Étant un outil politique, il relève non du ministre mais du corps législatif. Il comporte quatre départements autonomes : le ministère des contributions et revenus publics, la Trésorerie nationale dirigée par un commissaire, la Caisse de l’Extraordinaire  ayant notamment  en charge le budget de la guerre, elle-même sous tutelle de la Trésorerie nationale, la Commission de liquidation des dettes. Curieusement, c’est le litige avec Dumouriez, dont j’ai parlé, qui est à l’origine d’une profonde réforme administrative car il va conduire à jeter les bases du contrôle des dépenses engagées, effectué à l’avenir par les commissaires à la Trésorerie et s’appliquant  à  l’ensemble  de  la  fonction  publique.  Cambon  déclare avec sa vigueur habituelle à la tribune de la Convention :  Généraux, ministre de la guerre, commissaires ordonnateurs des guerres, fournisseurs, tous sont astreints à rendre des comptes et à subir un examen vigilant. Un général ne doit que commander. C’est à l’ordonnateur de veiller aux approvisionnements, au payeur de l’armée de les solder, au contrôleur de les examiner et à rendre des comptes à la Trésorerie, laquelle les fait passer à la Convention qui renvoie au Comité des finances.

 

 Le Bureau de la Comptabilité est particulièrement important : il établit  des contacts directs avec les comptables de tout le pays sans passer par les ministères. Cambon va concentrer progressivement en une seule et même institution la Trésorerie nationale et les multiples caisses héritées de l’Ancien Régime. Deux effets bénéfiques : simplification des structures et meilleure lisibilité des comptes.

 

L’objectif de Cambon est de verrouiller le dispositif mis en place par la Législative et de faire évoluer les mentalités. Ainsi que le soulignait  à mon attention, pour une conférence précédente, notre ami rotarien Robert Vaysset, Trésorier payeur général,  que les plus anciens d’entre nous ont connu,  –  je le cite – : Il faut surtout retenir que Cambon en 1792 a établi le fondement de règles de la comptabilité publique qui sont toujours les nôtres. Parmi ces règles, séparation des fonctions et prérogatives  de l’ordonnateur  des dépenses  et du comptable de l’opération. Dans cette démarche visionnaire, ajoutait-il,  le Bureau de la Comptabilité est, dès 1792, totalement indépendant du ministère. Il cumule les attributions qui sont aujourd’hui celles de la Direction générale de la Comptabilité publique,  de  la  Direction  du  Trésor,  de

l’Inspection générale des Finances et de la Cour des comptes. Fin de citation. La Cour des comptes sera créée un peu plus tard par Napoléon, en 1807.

 

 En décembre 1792, Cambon élargit le champ des attributions de ses services. Il organise l’exploitation financière des pays annexés, avec application immédiate de la législation française.

 

 Derrière le financier à la dimension de la France, il y a aussi le bonhomme  Cambon, le petit comptable méridional plongé dans ses dossiers pour en connaître le moindre détail.  Je citerai à titre d’exemple  la commande de la guillotine, qui aurait fait son apparition en mars

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1792, au prix de 5 650 livres. Une guillotine est à prévoir par département.  Cambon fait réduire les prestations et rabattre la proposition de 5 650 livres à 1500. 

 

 Dans cette période  92-94, l’activité de Cambon est considérable. Il intervient dans de multiples  domaines comme la levée des troupes, les constructions navales, la défense des côtes ou l’enseignement ; il pose aussi le problème de la refonte de la législation, plus tard œuvre de son compatriote et ami Cambacérès. PHOTO  32.  GRAND LIVRE DE LA DETTE PUBLIQUE.

 

En 1793, si, dès le mois de juillet, Cambon commence  sa descente politique, il reste membre du Comité des finances. Heureusement, il y est intouchable. Travailleur acharné, il passe de nombreuses nuits dans le pavillon de l’Égalité où il a fait apporter un lit, installé dans une encoignure, mangeant et dormant sur place.  En dépit des troubles politiques, il s’engage dans une entreprise qu’il mènera à bien en dix mois, son œuvre majeure : Le Grand Livre de la Dette Publique. L’un de ses biographes a écrit : Cambon aux finances, c’est Bonaparte à la campagne d’Italie !

 

Mis en chantier en août 1793, le Grand Livre de la Dette Publique, rente non viagère, sera complété en juin 1794  pour  ce  qui  concerne  la  rente  viagère. Je n’aborderai ici ni les modalités de cession et d’enregistrement  des créances  que prescrit  la loi, ni les sanctions qu’elle définit et qui peuvent aller jusqu’à dix ans de fers pour les notaires !  PHOTO  33.  DETTE PUBLIQUE. Pour ne pas endormir mon auditoire pour ceux qui ne le sont pas déjà, je me bornerai  à  dire que  Cambon se préoccupe naturellement de limiter les engagements financiers de l’État :  les créances sont honorées  sous la forme d’une rente perpétuelle

 

 Le Grand Livre de la Dette Publique  constituera   la  page  de  gloire du  grand argentier. Thiers dira plus tard : Cette […] énergie d’uniformisation de la dette convenait à une révolution hardie, complète, qui avait pour but de tout soumettre au droit commun.  PHOTO  34. LES ASSIGNATS.

 

Tout personnage a son côté ombre et son côté lumière. Voilà bien maintenant, pour le père du Grand Livre de la Dette Publique, la zone  d’ombre. 

La  débâcle  des assignats est l’échec majeur de la Révolution : une politique financière calamiteuse a conduit la France à une banqueroute sans précédent en 1796, sous le Directoire. Elle a terni la réputation de Cambon.

Quelle est exactement la responsabilité de Cambon dans cette affaire ?   Sur ce sujet, j'ai lu tout et son contraire.  En simplifiant, je dirai qu’il y a deux approches de la question. Elles sont contradictoires. Je crois comprendre qu’il  y a, d’une part, une approche politique et parfois sentimentale qui excuse Cambon ou le décharge des responsabilités, celle de Michelet, qui le définit comme le dogue couché sur le Trésor de l’État, de Thiers, de Louis Blanc, d’Henri Martin, de Jaurès, – excusez-moi du peu ! – mais aussi de bien d’autres et, plus   récemment,   de   Clovis   Sené , sans omettre – si je l’ai bien compris    Philippe Séguin, tout au moins pour la partie administrative  ;   d’autre   part,   l’approche   analytique   de  spécialistes   de l’économie et des finances, au premier chef – il y a près d’un siècle –  Marcel Marion, dans sa monumentale Histoire financière de la France depuis 1715 (Paris 1927), qui fait apparaître un personnage dont la responsabilité dans l’accélération des désordres, quels qu’en puissent être

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les mobiles politiques, est indéniable : [Cambon ] entonnait, écrit-il,  à la gloire du papier-monnaie l’hymne qu’on avait entendu sur les lèvres de Mirabeau, hymne certainement plus excusable dans  la  bouche  d’un  rhéteur  que  dans  celle d’un  financier. À son jugement se rallient le professeur  Jean Tulard, le journaliste et historien Jean-François Fayard  et le Conservateur des  bibliothèques  Alfred  Fierro dans leur Histoire et dictionnaire de la Révolution Française (1999).  PHOTO  35. LES ASSIGNATS. 

 

            Sur cet épineux problème je ferai trois observations, sollicitant ce qu’il vous reste un peu de l’attention que vous avez bien voulu me prêter.

Premièrement, je le rappelle, c’est la Constituante qui vote en 1789,  sur la proposition de Talleyrand, la mise à disposition de  la  Nation des biens du clergé, gageant les assignats,  devenant biens nationaux. L'Assemblée se croit alors riche à milliards. Elle commet là une lourde erreur. Cambon n’a donc ni créé, ni conduit à leur terme les assignats puisque, lorsqu’ils disparaissent de la circulation, lui-même n’exerce plus aucune fonction depuis un an.      

 Deuxièmement, Cambon a soutenu cependant et couvert avec leurs émissions des  opérations qui se sont avérées catastrophiques et qui engagent  lourdement sa responsabilité, mais c’est une responsabilité que je qualifierai de solidaire. Il apparaît que, en financier lucide, Cambon s'assurera que l'émission des assignats n'excède pas la valeur des biens nationaux. Malheureusement, les députés de la Constituante n'avaient probablement pas prévu que les biens nationaux  se vendraient mal :   Personne n'ose acheter des biens nationaux ,  déclarera Cambon, désabusé,  bien que lui-même et ses frères aient acquis le Terral. Les emprunts se succèdent en s'amplifiant avec la Convention, malgré les prises de guerre. L'État reçoit au pair son propre papier, théoriquement non déprécié. Deux marchés s'instaurent. Un énorme capital est englouti sans profit pour les finances publiques.

            En 1790, l'assignat n'est plus porteur d'intérêts. Il devient papier-monnaie. La  dépréciation   passera  de 3 000 à 1, en 1796, sous le Directoire.

Troisièmement, Cambon  a  pratiqué  une   incontestable  fuite  en  avant,  donnant la priorité à des  options politiques. Cette fuite en avant ne doit pas être examinée sans la rattacher à la situation chaotique du pays, en proie à des  troubles graves et à des guerres.  Ses détracteurs ont souligné que le grand argentier, qui ne réglait nullement les dépenses de l’État, ces questions faisant régulièrement  l’objet  de  renvois  à  l’Assemblée,  n'était  pas  dupe  de  la  banqueroute qui s'annonçait.   Nous avons de l'argent plus qu'il nous en faut! affirme-t-il, mais il apparaît que, animé par sa foi en la Révolution, il a tenu un discours en désaccord avec ce qu'il pensait lui-même de la situation : Les assignats nous font une guerre désastreuse ! déclare-t-il par ailleurs. C'est ainsi que Cambon aurait encouragé les émissions d'assignats en ayant parfaitement conscience de ce que la vente des biens nationaux ne rapportait plus rien à l'État. La priorité n'a-t-elle pas été pour lui de faire face, à n'importe   quel   prix,  aux  dépenses  militaires  et   de   gagner  du  temps   en attendant des victoires les fonds nécessaires? Certains critiques n’ont-ils pas perdu de vue qu’il y avait 200 000 hommes sous les drapeaux à la veille de Fleurus et la certitude de désertions en cas de non versement de la solde ? Les  subsides fournis par les victoires apparaîtront  avec les chariots chargés de numéraire en provenance de Belgique, mais trop tard. Cette politique a ruiné les porteurs d'assignats, les épargnants et les rentiers : Cambon a été haï  au point d’avoir été la cible de plusieurs attentats  dont il a réchappé.  Mais il n’y a pas que des perdants : ont gagné, outre les spéculateurs, les agioteurs et les banques, les acquéreurs des biens nationaux  qui, comme

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le pensait Mirabeau, deviennent les plus fervents défenseurs de la République. 

 

Dans  Histoire et dictionnaire de la Révolution Française, on peut lire :  

Michelet avait nommé Cambon :   le redoutable personnage qui fut l'âme de Colbert sous la forme de la terreur.  Depuis [...] Marcel Marion a bien détruit cette légende. Bien que je ne reçoive  qu'avec réserves ce travail de démolition de Cambon auquel s'est livré Marcel Marion,  j’ai pris  note avec la plus grande attention de ses propos  sur la responsabilité de Cambon dans la débâcle des assignats. La discussion est certainement loin d’être close sur ce chapitre !   Pour ma part, abandonnant aux techniciens de la Finance un terrain qui m’est peu familier, sur le plan moral  je souscrirai au jugement que mon lointain aïeul porte sur lui-même : [...] Je laisse à mes descendants, écrit Cambon dans son testament, l'intime conviction que j'ai rempli mon devoir avec courage et désintéressement, je ne m'y suis jamais préoccupé de mon intérêt personnel , [...] toujours  à  la  poursuite de ceux qui voulaient s'enrichir

aux dépens de la fortune publique [...].  En cela Cambon se range aux côtés de ceux qui ont été plus préoccupés de servir l'État que de se servir eux-mêmes.  PHOTO 36. RETOUR  AU TERRAL.   

 

Me voici au terme de mon propos : comme je l’avais annoncé, j’ai souhaité remettre Cambon dans son cadre de vie afin que, pour ceux qui m’ont écouté, le personnage puisse avoir une réalité physique. J’espère y être parvenu. J’ai commencé cette évocation de Joseph Cambon par le château du Terral. C’est avec cette maison de famille que je terminerai. Cambon restera caché à Paris jusqu’à l’amnistie, à la fin de l’année 1795 et cette même année, au mois de décembre, il rejoindra Montpellier et le Terral, estimant qu’il n’a plus rien à faire dans la capitale. C’est au Terral qu’il fêtera ses 40 ans, le 9 janvier 1796. PHOTO  37. RETOUR DE BONAPARTE . Devenu veuf, il mènera  une vie d’exploitant agricole, totalement détaché  de  la  vie publique. En  1799, apprenant  le  retour  d’Égypte de Bonaparte, il fondera sur lui de grands espoirs, attachant en signe de joie son écharpe tricolore de Conventionnel à la croisée de sa chambre au Terral.  Il se rendra compte rapidement que sa conception de la République et celle du futur  empereur  sont   trop  éloignées l’une de l’autre   et  ne  donnera  aucune suite aux propositions qui lui  seront faites par la suite. PHOTO  38. CAMBON. 

Toutefois, par haine des Bourbons, Joseph Cambon se relancera dans la vie politique aux Cent jours, ce qui entraînera son départ pour l’exil comme celui  d’autres  régicides. Contrairement  à  Cambacérès  qui  fera  allégeance,  il terminera ses jours à Bruxelles, fidèle à ses principes. À sa mort, il sera mis en terre dans le carré des protestants au cimetière de Saint-Josse-ten-Noode, non pas qu’il ait adhéré à la religion calviniste mais probablement parce que l’on ne voulut pas enterrer cet athée convaincu parmi les catholiques.  

 Cambon   est   bien   l'honnête  homme  engagé  dans  la  Révolution, suivant  l'expression d'Arthur Conte.

 

Voici quelques lignes du testament de Cambon : Ayant été appelé par des circonstances extraordinaires à des fonctions publiques où il m’aurait été facile d’acquérir une fortune colossale, par des moyens que la société autorise, mais que ma délicatesse n’admettait pas, je laisse à mes descendants (il veut parler des  descendants de ses frères et sœurs) l’intime conviction que j’ai rempli mon devoir avec courage  et désintéressement, je ne m’y suis jamais occupé de mon intérêt personnel, ni de celui de ma famille ; toujours  à la poursuite de ceux qui voulaient s’enrichir aux dépens de la fortune publique, j’ai été calomnié dans ma probité, je méprise la calomnie au point de ne pas y répondre.  

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 PHOTO  39. CAMBON ET LE COUCHE-VÊTU). 

 

                     Quittant maintenant la grande Histoire, pour revenir à la mémoire familiale et à l’histoire au quotidien, je terminerai cette évocation de Joseph Cambon par une anecdote. Elle se transmet de génération en génération et je la tiens de mon arrière-grand-mère qui était (par alliance) l’une des arrière-petites-nièces du conventionnel.  Je l’ai apprise de sa bouche, au Terral, la maison de Cambon. L’histoire est à peu près celle-ci :

Il y avait au Terral dans les années 1800, à proximité du portail qui fermait la cour, soit à droite, soit à gauche – mais ce détail est sans importance on le comprendra – un tas de pierres assez conséquent, un beau tas de pierres. Il se présentait régulièrement devant ce portail, pour demander quelque secours,  un vagabond, un miséreux, nous dirions de nos jours un SDF mais on disait dans l’ancien temps : un couche-vêtu.  J’en réfère à Mistral. Cambon, s’il était présent, répondait : Tu auras ce qu’il te faut pour manger et dormir ici, mais tu devras auparavant déplacer les pierres d’un  côté à l’autre du portail. Le couche-vêtu demandait immanquablement :  Pardon Monsieur, mais est-ce que je peux vous demander  à quoi cela va-t- il vous servir ?

Et ce donneur de leçons que Cambon a été toute sa vie,  à Danton, à Dumouriez, à Robespierre et à bien d’autres, répondait :  A moi ? A rien ! A toi, à t’apprendre qu’il n’y a pas de rétribution sans travail.

Dans la simplicité de cette anecdote, je suis bien persuadé que la mémoire familiale rejoint l’Histoire.                                                       

 

Jean-Pierre Dufoix

conf camb montpellier 01.doc
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Origine du nom de MONTPELLIER

Les noms de Montpellier: de ses origines controversées à sa prononciation variée

Conférence du 7 juin 2004 donnée par André Radier

Notre ville a la spécificité d'avoir un nom dont les origines restent méconnues, dont la signification est sujette à caution, à histoires, voire à fantasmes ; et dont la prononciation, par sa variation, (Montpélier / Montpeulier) fait l'objet de débats au café du commerce...
D'où venons-nous ? Pour l'instant, en toute rigueur de la science linguistique, nous ne savons rien... de vraiment certain. La première attestation du nom de la ville, on la trouve dans une charte de 985 : Bernard, comte de Substancion, qui va bientôt s'appeler Castelnau, signe une charte enregistrant la donation d'une manse (exploitation agricole) située "in terminio de Monte Pestellario", dans le terroir de Montpellier. Encore faut-il ajouter que cette charte, nous n'en avons pas l'original, mais une copie faite au XIIIème siècle par un clerc : a-t-il vraiment écrit ce qu'il a lu sur le texte d'origine, cru lire, a-t-il adapté... ? Dans ce type de document, on trouvera au XIIème siècle d'autres termes latins (notamment Montpistilla, Montepessulamus, Monspessulus) ; et en occitan, Montpesler, Montpeslier, puis Montpeylier. Dans les textes français, apparaît dès le XIIème, la graphie moderne Montpellier, qui se répandra au XVIIème siècle, encore concurrencée par d'autres graphies.
On peut faire l'hypothèse qu'au Xème siècle le nom oral du lieu était une forme proche de Montpesler, adaptation occitane d'un éthymon plus ancien pour l'instant disparu, que les scribes, dans les textes latins, ont eu souci de latiniser, pour lui donner une forme de noblesse... Substrat ancien, occitan, latin, français : la prononciation du nom de la ville, comme son orthographe, se joue entre ces quatre partenaires aux pouvoirs inégaux.
La francisation des textes se poursuivant au cours des siècles, la graphie Montpellier l'emporte. La question de la réalisation phonique est plus complexe. Selon l'évolution normale, on parvient pour l'occitan, vers le XVIIIème / XIXème siècle, aux réalisation Mounpélhé (avec un l mouillé), et Mounpéyè (prononciation encore active dans les réalisations relâchées  Montpeuyer, Montpéyer).
Les deux prononciations actuelles Montpélier et Montpeulier s'expliquent aisément : Montpélier est la forme francitane, qui maintient le é médian non accentué phonétiquement ; Montpeulier, la forme française, dans laquelle le é médian non accentué occitan est devenu, comme dans d'autres cas, eu.
Dans la mesure où nous ne connaissons pas, pour l'heure, l'étymologie précise du mot, les sens qu'on donne à ce toponyme sont toutes fantaisistes : mons puellarum (mont des jeunes filles), mont du pilier, mont du pastel, mont pelé, etc... autant d'explications aussi séduisantes que fausses...
Que prononce-t-on actuellement ? "Montpeulier bat Montpélier 9 à 1" titrait La Gazette, en résumant notre étude (1) : on trouve effectivement 90% de réalisations Montpeulier contre 10% Montpélier. On peut s'en féliciter ou s'en offusquer... Que faut-il dire ? Montpeulier ou Montpélier ? Les deux variantes sont valables : Montpeulier est la plus française, Montpélier celle qui, à travers son é médian, se souvient encore un peu de ses origines occitanes. Ce souvenir peut d'ailleurs s'effacer en conscience : les locuteurs réalisant Montpélier rendent parfois compte de leur prononciation par les deux l qui suivent le e... Ce qui peut être une justification, valable pour quelques individus, mais non une explication de ce fait massif : Montpeulier l'a emporté largement et peut-être définitivement sur Montpélier. Les jeunes de moins de 24 ans ne prononcent que Montpeulier, variante sur laquelle ils ont d'ailleurs formé l'abréviation dissyllabique Montpeul... Autant dire que la prononciation Montpélier, sauf bouleversement, a son avenir derrière elle !

(1) Bres J et Ph. Martel (ed.), 2001, Les noms de Montpellier, Le fil du discours, Praxiling : Montpellier III, 254 p.

LES NOMS DE MONTPELLIER.docx
LES NOMS DE MONTPELLIER.docx



HOMMAGE A CLAUDE ROMIEU PAR ANTOINE BORIES-AZEAU

Hommage à Claude ROMIEU (1915 - 1981)
Discours prononcé par Antoine BORIES-AZEAU (membre du club de Montpellier)
lors de la conférence annuelle du 170ème district à MONTPELLIER les 22, 23 et 24 avril 1983



Le 24 juillet 1981, au terme d'un long calvaire, notre ami Claude ROMIEU, Professeur à la Faculté de Médecine, rendait le dernier soupir. Deux jours plus tard, tandis que la foule des vacanciers déferlait sur l'autoroute voisine, ses proches, ses amis l'escortaient en silence jusqu'à son ultime demeure : le sol de notre campagne montpelliéraine où son passé le ramenait irrésistiblement. La clarté lumineuse de l'été méditerranéen contrastait avec la tristesse et le désarroi de tous ceux qui l'entouraient une dernière fois.
Les années passent mais le souvenir demeure, inaltérable et affectueux : il nous dicte aujourd'hui cet hommage à l'adresse de l'Universitaire de haute lignée, du Rotarien exemplaire, et beaucoup plus simplement, de l'homme et l'ami que fut pour nous Claude Romieu. Issu d'une vieille famille montpelliéraine profondément enracinée dans notre cité, Claude s'oriente dès 1932 vers la Faculté de Médecine. Pour ceux qui ont alors le privilège de l'approcher dans un foyer où tout est toléré sauf la médiocrité, sa culture déjà très vaste, l'originalité de son caractère, la distinction de son comportement se seraient accomodés tout aussi bien d'une destinée juridique ou littéraire.

Nous ne saurions détailler ici les étapes successives, franchies sans le moindre faux pas, de sa carrière universitaire, depuis le diplôme de Doctorat en Médecine obtenu en 1939, jusqu'à l'ascension, en 1965, à la chaire de Clinique Carcinologique, suprême consécration qui le voit succéder à son maître le Professeur Louis Lamarque. Entre temps, la guerre lui permet d'affirmer, d'abord en Lorraine d'où il s'évade après avoir été fait prisonnier, puis en Savoie et en Italie, son courage et son esprit d'initiative : ils seront honorés par la Croix de guerre avec étoile de vermeil, par la Croix du combattant volontaire, par une citation à l'ordre de la Division en 1944 et par le titre de Chirurgien consultant de l'armée des Alpes en Mai 1945. La deuxième césure date de 1949 : à l'occasion d'un séjour au Mémorial Hospital de New-York, temple mondial de la cancérologie, il côtoie pendant deux ans les plus grands noms de cette discipline et revient en France avec une vocation définitivement affirmée.

Directeur du centre anticancéreux de Montpellier dès 1963, il contribue sans relâche à son extension, - dont témoigne la toute récente clinique du Val d'Aurèle -, et à sa notoriété par la présentation des nombreux travaux issus de son école. Grand voyageur au service de notre Faculté, il en est à maintes reprises le distingué représentant, bien au-delà de nos frontières : les portes les plus étroites s'ouvrent largement à tous ceux qui peuvent se prévaloir de sa recommandation. L'idéal de servir se manifeste encore, chez lui, par les responsabilités qu'il assume au sein des Commissions nationales de Cancérologie, d'Hygiène sociale, de Chirurgie plastique, pour ne citer que les plus importantes : sa voix y est toujours écoutée, ses options nuancées souvent prépondérantes. Malgré cette vie débordante, il réussit à sauvegarder sa dilection pour la culture au sens le plus vaste du terme : elle fait de lui un membre assidu de l'Académie des Sciences et Lettres de Montpellier - où ses communications séduisent l'auditoire - et de la Société Française d'Histoire de la Médecine dont il devient le président régional en 1965.

Dès lors, Claude Romieu ne peut échapper à l'avalanche des honneurs, mais, s'il les reçoit volontiers, il n'en tire jamais la moindre vanité. Craignant de vous lasser en voulant tout vous dire, nous nous limiterons à ceux qui lui tenaient le plus à coeur : son élection à l'Académie de Chirurgie, à l'Académie Nationale de Médecine, au Collège américain de chirurgie, sa désignation en 1980 aux présidences du Congrès de l'Association Française de Chirurgie et du Collège International de Chirurgie, enfin, comme un bouquet terminal en hommage à tant de mérites, la rosette de la Légion d'Honneur épinglée à son revers, en 1980, par Monsieur le Préfet de Région.
Cette carrière éblouissante fut servie par un atout majeur dont Claude, à part entière, disposait : la plus vive, la plus ouverte et la plus subtile des intelligences. Assimilant aussitôt qu'il se documentait, concevant aussitôt qu'il méditait, expliquant aussitôt qu'il avait lui-même compris, il en étonna plus d'un par la promptitude et la pertinence de son esprit de synthèse. Une telle facilité lui valut de certains la réputation de dilettante, voire de paresseux, alors que nul moins que lui n'eut à supporter "le pénible fardeau de n'avoir rien à faire". Homme de pensée plus que de geste, il fit tôt la preuve de ses qualités opératoires mais il ne peut se résoudre aux seules satisfactions techniques, il refuse de voir dans le chirurgien "un simple marchand de sursis ou de charlatan de l'espérance". Ainsi préféra-t-il au maniement du bistouri le comportement d'un vrai chef d'école, vivant plus la chirurgie à travers son but qu'à travers ses moyens, sélectionnant ses élèves parmi les meilleurs et, avec une étonnante préscience, leur suggérant la plupart des travaux qui assurent aujourd'hui leur notoriété.

Toute médaille a son revers : à l'égard de Claude, ce fut l'envie, mère de l'ingratitude et du dénigrement. cette rançon de la gloire l'attrista plus d'une fois, surtout lorsque le débiteur de la veille se muait en impitoyable créancier ; il souffrit en silence et, avec la sérénité des grandes âmes, pardonna, faisant sienne la pensée de Maurice Martin du Gard : "La vie serait impossible si l'on se souvenait, le tout est de choisir ce que l'on doit oublier".
Tout comme l'intelligence, les convictions rotariennes de Claude Romieu tenaient, à l'évidence, de l'hérédité parentale. Nous nous en voudrions de ne pas évoquer ici la mémoire de François Romieu, président fondateur - voici plus de cinquante - du club de Montpellier : il le voulut élitique mais non malthusien, homogène dans la diversité, efficace dans la discrétion, tolérant dans le jugement mais surtout, afin de mieux en assurer la pérennité, rigoureux dans l'observance de la Charte. L'éminente personnalité de François Romieu a marqué d'une empreinte indélébile, tous ceux qui peuvent encore aujourd'hui s'honorer de son estime et de son affection. Il est rare qu'une ressemblance physique presque gemellaire entre père et fils soit assortie d'une aussi parfaite harmonie de pensée, il est presque naturel que le départ de l'un ait entrainé, à court terme, celui de l'autre, il est superflu d'affirmer que tous deux sont unis désormais dans la fidélité de notre souvenir.
A ceux d'entre vous, chers amis, qui seraient tentés de considérer cet hommage comme un propos de circonstance, qu'il nous soit permis de rappeler brièvement les étapes rotariennes de Claude : membre du Club de Montpellier en 1953, il est porté à sa présidence dès 1964 avec le qualificatif, devenu parmi nous légendaire, de "bien aimé" autant pour son rayonnement que pour sa constante aménité. En 1969, l'estime de ses pairs le porte au Gouvernorat mais le conduit aussi à négliger les prémisses du mal qui, sournoisement, commence à le ronger : proche de lui au centre hospitalier pendant cette période délirante d'activité, nous admirons chaque jour les efforts qu'il s'impose pour concilier, en dépit de maintes embuches, les devoirs de sa charge et ceux de ses fonctions universitaires.

Constamment tourné vers l'avenir, il envisage déjà la création d'un deuxième club montpelliérain, il sollicite, pour y parvenir, le concours de quelques inconditionnels et, proche du but, nous confie un soir avec une satisfaction non dissimulée : "si vous nourrissez un projet, entourez-vous d'hommes occupés, c'est le meilleur moyen de le mener à bien". Ainsi, naquit, en 1977, le club de Montpellier-Maguelone dont la vitalité honore la mémoire de son Président Fondateur. Désormais, à la manière d'une réaction en chaine savamment programmée, les distinctions se succèdent les unes aux autres : en 1978, c'est l'appartenance à la Commission Environnement du Rotary International, en 1979 la présidence d'honneur du Cofidam, en 1980 la vice-présidence du Comité France-Maghreb auquel il consacre les derniers élans de sa vitalité chancelante.

Conférencier de qualité, sollicité de toutes parts, il se fait un devoir de répondre, bien au-delà de notre district, aux nombreuses invitations suscitées par son talent : au mépris de misères physiques sans cesse plus astreignantes, sa dernière prestation, consacrée au Club de Marseille et datée de Février 1981, a pour titre : "Chicago et la naissance du Rotary". Profondément imprégné d'histoire, il y affirme que, dans toute communauté, le passé rejoint le présent pour mieux orienter l'avenir, il pressent la place d'un humanisme ressuscité dans la société industrielle qui aujourd'hui nous étrangle, il rappelle que "c'est proprement ne rien valoir que de n'être utile à personne" et vénère la main tendue, dès 1905, par Paul Harris à tous les hommes dignes de ce nom.

Mieux qu'un long propos, l'anecdote suivante, vécue à ses côtés en 1980, illustre le rayonnement de notre ami, elle eut Mexico pour cadre. A l'occasion de son vingt et unième Congrès Mondial, le Collège International de Chirurgie avait organisé sous l'égide du président de l'O.M.S., une table ronde consacrée à l'avenir de la santé dans les pays sous développés. Après avoir écouté, dans une ambiance quelque peu pharisaïque, maints orateurs vanter leurs réalisations ponctuelles, Claude, lorsque vient son tour, fait référence à la Rochefoucauld et suggère que "l'on a toujours assez de force pour supporter les maux d'autrui" : étonnant l'auditoire par la pertinence de son discours, il jette en quelques phrases les bases d'une action concertée, pouvant seule prétendre à l'efficacité, de sorte qu'à l'heure des conclusions la France, à travers sa personne, est la mieux écoutée... Cédant à un enthousiasme cocardier, bien naturel au-delà de nos frontières, nous nous prenions à penser ce soir là que Claude était à la fois le plus rotarien des universitaires et le plus universel des rotariens !

Les qualités humaines de Claude furent à la mesure de celles qui ont assuré son rayonnement. S'il est vrai que "l'intelligence toute nue est une disgrâce", notre ami sut parer la sienne des plus beaux atours et en parfaire la séduction. Original, parfois jusqu'à l'extrême, il adorait les situations imprévues et les qualifiait volontiers de "cocasses", il lui arrivait même de les provoquer malicieusement pour donner libre cours à son sens de l'humour et de la répartie. Un moniteur de ski, impatienté par la lenteur de ses progrès, s'entendait répondre, tout médusé : "Attention mon ami, je suis moi aussi professeur et sais ce qu'il en coute pour instruire les autres !" Plus sérieusement, dans son discours d'ouverture au 81ème Congrès de l'Association Française de Chirurgie, il célébrait l'esprit d'initiative, il fustigeait en termes de velours la paresse intellectuelle et, s'adressant aux universitaires présents, n'hésitait pas à évoquer les paroles féroces de Bernard Shaw : "ceux qui peuvent font, ceux qui ne peuvent pas enseignent !"

 

Curieux de tout, il savait, lors de ses innombrables voyages professionnels, distraire les instants propices à l'élargissement de sa vaste culture : de Florence ou de Manhattan, d'Athènes ou de Tokyo, il conservait un souvenir précis, illustré par de judicieux commentaires. Eclectique mais tolérant, il ne cachait pas sa préférence à l'égard des expressions diverses de notre civilisation gréco-latine, mais il ne s'indignait pas pour autant devant les réalisations parfois démesurées de l'architecture moderne. Brillant causeur, esthète du langage comme de la pensée, il émaillait ses propos de références choisies avec discernement, il refusait toute concession à la vulgarité, déplorant qu'elle ait tendance à devenir aujourd'hui un gage de maturation sociale. Fidèle à ses amis et à ses élèves, il ne reculait devant rien lorsque leur défense lui paraissait juste ou leur promotion méritée : sa distinction, sa diplomatie gagnaient là ou la force avait dû baisser les bras. Sa philosophie le situait bien loin d'un paternalisme désuet : s'il acceptait les manifestations de gratitude, il ne les provoquait jamais. D'une extrême sensibilité, il percevait, à travers la moindre modification du regard ou du comportement, les joies d'autrui aussi bien que ses peines et s'employait discrètement à les partager. Tourmenté par un esprit sans cesse en éveil, il cédait épisodiquement à de légendaires foucades : les taire serait trahir sa mémoire ! Soudaines et inattendues pour la plupart, ses intimes seuls en devinaient les prémisses, telle une explosion gestuelle ou un regard fulgurant sur sa victime désemparée : la violence de l'ouragan n'avait d'égale que sa brièveté, il suffisait d'attendre l'accalmie et de céder, malgré soi, à l'exquise manière qu'il avait de se faire pardonner.

Séducteur enfin, il exerçait son art, à plein talent, dans sa demeure de l'hôtel Cambacères, largement ouverte à ceux qu'il considérait comme ses amis : invités de Montpellier ou d'ailleurs, français ou étrangers, trouvaient à son commerce égal agrément et ce n'était pas l'effet du hasard si notre ville fut, plus d'une fois, choisie par tel ou tel comme l'étape d'un soir. Sitôt franchi le porche, la cour intérieure - à la luminosité savamment dosée - l'escalier majestueux, les murs chargés d'histoire, l'ordonnancement harmonieux de l'ensemble impressionnaient aussi bien l'habitué des lieux que le nouveau venu. Mais il y avait beaucoup plus, il y avait l'élan chaleureux de l'accueil, il y avait l'art consommé de guider la conversation, il y avait la distinction, la grâce et la spontanéité d'une exceptionnelle maitresse de maison, il y avait Marcelle !
Nous pardonnerez-vous, très chère Marcelle, de mettre à l'épreuve, un bref instant, votre exquise modestie : subjuguée par l'intelligence et la culture de Claude, amusée par ses originalités, tolérante envers ses fantaisies, solidaire de ses joies comme de ses déceptions, vous l'avez jusqu'au terme accompagné d'une présence attentive et discrète, en silence vous avez souffert avec lui et pour lui, vous l'avez maintes fois réconforté d'un sourire, d'un mot, d'un geste, vous avez stimulé son courage déclinant, vous avez merveilleusement sublimé la vie chancelante de l'homme souffrant... Sans vous, Marcelle, Claude n'aurait jamais été ce qu'il fut ! Hier soir au Crès, méditant sur sa tombe et assailli par tant de souvenirs, l'aveu de Montaigne nous revenait d'abord en mémoire : "si l'on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne peut s'exprimer qu'en répondant : parce que c'était lui, parce que c'était moi". Abandonnant la prière, nous contemplions ensuite l'environnement de son éternel repos : vers le Sud, la brume crépusculaire nous laissait deviner l'opulente plaine melgorienne où s'épanouirent les vertes années de notre ami, vers le Nord, surplombés par le Pic Saint-Loup, se dessinaient les toits rougeoyants du Mas du Pont où il venait volontiers retrouver ses beaux parents et leurs amis d'exceptionnelle qualité, vers l'Ouest enfin la colline chamarrée de Substancion dissimulait à nos regards l'hôtel Cambacères, temple de son rayonnement et, plus loin, le nouveau centre anticancéreux qui, si la justice était de ce monde, mériterait son parrainage. Nous reprenions alors à notre compte et à son intention la pensée toute rotarienne de Lanza del Vasto : "l'homme reste toujours plus noble que ce qu'il conçoit, plus grand que ce qu'il fait, plus précieux que ce qu'il a".

 

 

 

 

 

 

HOMMAGE A CLAUDE ROMIEU.docx
HOMMAGE A CLAUDE ROMIEU.docx



LE FANION DU CLUB

Le Fanion du Club

Signification des emblèmes

- La roue d'abord, celle du Rotary International qui évoque pour nous tant de choses et en premier lieu la longue tradition de l'effort humain. Née sans doute de l'utilisation de troncs d'arbres comme rouleaux dans le transport des lourdes charges, déjà connue chez les néolithiques du croissant fertile, des peuples de l'Indus, des Crétois, des Chinois du 2ème millénaire avant notre ère, elle est restée l'amie de l'Homme et mesure son destin dans l'espace et dans le temps.

- Dans cette circonférence, tous les points sont égaux, ils ont la même valeur. Chaque année un de nous, l'un de ces "points" comme une petite bille lancée sur les rayons va et vient jusqu'au centre pour rechercher les directives du gouverneur et pour lui démontrer aussi, au nom de tous, les nuances afférentes à nos divers régionalismes. Quel modèle de structure que cette association purement égalitaire dont les membres choisis par contact, unanimement élus, désignent un Président qui ne saurait être "primus inter pares" mais simplement "unus inter pares".

- Le fond blanc, souvenir des Evêques de Maguelone, des Princes d'Aragon et des Rois de France voisine, avec quelle harmonie, avec le fond rouge évoquant le sang des martyrs de la Tour de Constance et des courageux Camisards tombant pour la Croix du Languedoc ; évoquant encore les grandes journées nationales de révolution et de libération.

- Enfin le blason : la Vierge protectrice présentant l'Enfant Dieu à nos méditations, présidant à nos débats, comme jadis elle dominait les tables des marchands de drogues et d'épices et les palabres des premiers bateleurs arabes, juifs et chrétiens de Salerne, inventeurs du bien-dire de notre terroir.

- A droite et à gauche, l'alpha et l'omega symbolisant le commencement et la fin de toutes choses.

Hervé HARRANT (1966)
Membre du Club de Montpellier

 

Le Fanion du Club.docx
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Article paru dans Le Rotarien de Décembre 2013
Numérisé à 02-12-2013 15-32.jpg




Le Rotaract en action au Bénin , avec le soutien du Club Rotary de Montpellier
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